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Considérant feu la mouvance dadaïste comme creuse et tout juste vouée à faire de l’ esclandre dans des soirées émaillées de richards, opulents fats aux rires gras, petits lunetteux vifs et gonflés d’amertume, hommes d’affaire monomaniaques et implacables, anciens communistes dont le temps a muselé les invectives véhémentes à l’endroit du capitalisme, des actrices américaines à forte poitrine et du cosmonaute Neil Armstrong, poètes médiocres désolés de ne pas pouvoir offrir aux regards froids et bêtement satisfaits leur vrai et précieux Moi, sur lequel nous croyons qu’il est important de travailler pour autant qu’un Moi affiné l’emporte sur un Moi qu’on laisserait de côté dans une petite chambre sinistre entouré de jouets caducs et de posters d’anciennes gloires de l’armée du tsar Nicolas II, nous (pour l’instant nous sommes deux mais nous sommes des gens ouverts quoiqu’en réalité obtus le plus souvent) avons décidé que si une personne charitable nous proposait d’assister à une de ces folles soirées parisiennes pleine de filles à la beauté diaphane, violente, altière, vivace, luxuriante, fade et classique, en tant qu’apôtres de la sacro-sainte Raison, vexillaires de la pensée désintéressée, séides de Julien Benda, admirateurs patentés de la Beauté du corps féminin en tant qu’il nous paraît désirable, c'est-à-dire qu’au moment même où nous contemplons ses formes, une envie furieuse se met à sourdre et nous pousse à nous frotter contre ledit corps en le couvrant de baisers grossiers et gauches, nous, marginaux aux cheveux longs ou courts selon les avis, à la bedaine naissante , méprisant les journalistes pour leurs sempiternels mensonges, vomissant sur ces parangons de tromperie, rouerie, et de vanité (mais qui n’est pas vaniteux en ce monde ?),nous, fervents défenseurs de l’idée d’un capitalisme tendre et généreux, somme toute un capitalisme chrétien réclamant le primat de la pitié, vantant les délices de l’ascèse et promettant, après une mort douloureuse, un monde féerique analogue à celui qu’on peut voir dans « Alice aux pays des merveilles », nous, anti- tout et concomitamment anti-rien, tenant que le rap c’était mieux avant, que le temps des colonies n’était pas bon au rebours de ce que peut avancer un certain Michel Sardou (pour autant nous ne nous permettons pas de juger son œuvre qui nous laisse froids) , vomissant sur le principe d’ingérence, tenant que la diplomatie est une tâche complexe qu’on ne peut réduire avec des formules lapidaires dont les auteurs , vulgarisateurs ineptes, seront applaudis par des mains fines à la peau satinée, charmante partie d’un ensemble voluptueux qui appelle à des coits violents dans des lits à badalquins, nous, ayant pour devise ‘mon royaume pour un coit’ et ne laissant de nous la répéter lorsque le temps le permet, aimant François Mauriac le journaliste du Figaro et non le romancier qui a raffiné toute sa vie sur le même sujet : la peinture des hobereaux de Gironde, nous gaussant tendrement de ce naturaliste outré à l’œuvre monotone mais en dehors de cette vue réductrice l’aimant autant que ses costumes, tenant que Marcel Proust, homme de complexion chétive, nous a fait mal au crâne avec ses phrases broussailleuses qui auraient sans doute rebuté un Le Nôtre , nous, personnes émotives enclines à la douce inertie et envieux des actifs qui s’accomplissent tandis que nous restons à nous lamenter de notre indolence, souffrant de notre extrême sensibilité cependant que nous la chérissons, attachés exclusivement aux parties et non au tout qui ne nous émeut point, apologistes de l’esprit analytique, aimant les ciseaux, les cigognes et les objets de destruction inoffensifs pour l’Homme, ne comprenant pas pourquoi certains, lorsqu’ils veulent mettre un peu de philosophie dans leur discours, le ponctuent de majuscule et malgré cette incompréhension qui est la nôtre nous singeons bêtement cette pratique encouragés par la pensée que nous serons plus beaux et plus crédibles en faisant cela et qu’une traîne de ribaudes aux visages séraphiques suivra docilement et silencieusement notre sillage, nous, favorables à la réouverture des lupanars luxueux ou sordides en tant qu’il en faut pour tous les goûts, nous, profondément pessimistes quant à la nature profonde et vraie de l’Homme (tiens re-voici ce tic de mettre une majuscule) , ce dernier étant essentiellement avide, égocentrique, frivole et belliqueux, nous, plaignant tous les peuples qui ont souffert et tenant qu’en cette matière, la souffrance humaine, il n’est pas bon d’y mettre une hiérarchie, méprisant monsieur Marchais pour ses accointances avec des dictateurs roumains , considérant que la littérature est avant tout une affaire de style et que toute forme d’intellectualisme ne peut y entrer encore qu’il existe de très beaux textes mâtinés de substance idéelle , ne voyant aucun charme dans la vie de stylite en tant qu’elle consiste à ratiociner dans une pièce étroite pauvrement meublée, sans fenêtres et surtout sans la chaleur d’un corps féminin généreux, pensant que le communisme dans l’ordre politique est une aberration, n’aimant pas la notion de préséance mais acceptant l’idée de ne rien dire si nous pouvons en jouir, aimant les aubes fauves, les fauves qui meulent et les peuls aux yeux mauves, considérant la dernière phrase rimée comme très médiocre et proclamant que nous n’en sommes pas l’auteur et qu’il le faut chercher du côté de la bastille (un homme au veston élimé à carreaux qui fait rentrer son pantalon en velours dans des chaussettes maculées), aimant la prose de Jorge Semprun et ses réminiscences veloutées et profondes qui se posent délicatement devant l’esprit, en admiration devant l’opiniâtreté du mouvement féministe en dépit du caractère irréductiblement machiste de la Nature qui est une première coutume tandis que la coutume est une seconde nature toute aussi phallocrate que la première, se demandant naïvement pourquoi Dieu ne met pas à mal toutes les formes d’intégrisme, pourquoi Il n’a rien fait pour son fils vertueux conspué et tué par de vils barbares, pourquoi Il n’a rien fait pour biffer la furie destructrice de l’Homme, rejetant le fait religieux quel qu’il soit, ne goûtant que la littérature lyrique, méprisant ceux qui ne font pas la distinction entre l’écrivain et l’homme, nous, désireux de faire un mai 68 bis par amour du bordel, jugeant les anarchistes nihilistes vains et leur préférant les révolutionnaires aguerris et barbus car eux au moins souhaitent reconstruire après avoir tout foutu sens dessus dessous, nous, apôtres de la confusion aimant les vastes réceptacles emplies de choses composites jetées par une main désinvolte, nous, dénués de toute secondarité, émotifs non actifs primaires et fiers de l’être, déplorant la notion de nomenclature et ne laissant de vouer aux gémonies les gens à l’esprit synthétique cependant qu’ils ont toute notre admiration, considérant la politique comme une chose bestiale, sauvage mais nécessaire qui doit ne regarder que ses représentants, les journalistes et le peuple mais non les écrivains que nous plaçons au dessus comme l’a si bien fait la France jusque là, louant la furie créatrice d’un Rimbaud ou du zinzolin Verlaine qui était sans doute pédéraste à l’instar d’un Gide qui nous décrit avec délice le véniel larcin d’un petit enfant en pleine croissance ou ses parties de jambe en l’air avec un adolescent méridional mais pour autant nous aimons ses livres merveilleusement écrits et son côté indécis, maladroit s’agissant de prendre des positions politiques, ses nombreuses palinodies procédant d’un esprit exclusivement littéraire, nous, appréciant les tours d’ivoire mais refusant qu’on prenne aux éléphants leurs défenses pour en construire des belles car un éléphant décapité est indubitablement laid, déplorant les alliances entre la droite et la gauche, n’aimant pas marcher le long des sentiers battus quoiqu’ils soient confortables et lumineux , préférant les sentes étroites et poussiéreuses, la végétation drue, les mails de la Touraine, respectant le langage poétique, exaltant certains poètes du XIX buveurs d’absinthe, trouvant dommage que l’œuvre de Monsieur Charles Renouvier ne soit pas rééditée par un éditeur généreux qui opterait pour des prix bas, refusant le concept de masse et appréciant l’engeance ridicule à lunettes délayant le marxisme lors même qu’elle n’y connaît rien, adorant les gens de surface et craignant les aventureux se mouvant avec leste dans les profondeurs lesquelles sont froides, sombres et sinistres (jugement tout subjectif), refusant d’adhérer à l’existentialisme en tant qu’il n’est que la contrition d’un cérébral se lamentant de ne pas pouvoir être un prolétaire énergique au dos trapu et à la face mafflue (face émaciée marche aussi) , cet apologiste affecté de l’action vomissant sur la pensée désintéressée préférant la traîner dans la boue et se réfugier derrière un réquisitoire ésotérique porté au pinacle par des intellectuels peureux et des péronnelles précieuses, pour autant nous apprécions sa trilogie romanesque et notamment l’indécision de ses héros, nous, jeunes déjà vieux , au milieu des carrefours mais fermes, décidés, nous proclamons que si une personne charitable nous invite à assister à une soirée parisienne avec des femmes aux parures luxueuses et des hommes gras du bide, nous accepterons avec joie et nous irons sans cravate et porterons une chemise dont les deux plus hauts boutons seront défaits car nous jugeons cette acte hautement audacieux et en conformité avec la doctrine sus présentée.
Merci.
PS : nous avons conscience que ce texte est indigeste et qu’il provoquera sans doute chez certains la nausée mais nous nous en foutons.
Je tiens à remercier Monsieur Hervé Hameau pour sa participation active à la rédaction de cet éminent manifeste.
David
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